Ode à mon Havre

P1010954

Si je devais vous parler du patrimoine architectural d’Auguste Perret, je vais voir le visage sceptique de bon nombre d’entre vous. En effet, le maître du béton est loin de plaire à tout le monde. Pour moi, il faut avant tout comprendre ce type d’architecture, pour pouvoir l’apprécier.

Auguste Perret a reconstruit, avec l’ensemble de son Atelier (environ 80 architectes, et je ne sais combien d’ouvriers !) quasiment tout le centre-ville havrais, détruit à 90% pendant la Seconde Guerre mondiale. Un réel traumatisme que ce bombardement. À tel point que même les gens qui n’ont pas connu la guerre sont devenus nostalgiques du « Havre d’avant » ! Une ville qui a eu de nombreux visages. Oubliez la ville médiévale ou antique, Le Havre date de 1517. C’est une ville moderne. Rues plutôt larges, maisons hautes, rues pavées, écoulement des eaux… Je vous fais tout de même une confidence : c’était insalubre à souhait jusqu’au XXème siècle. Le Havre était trop petit pour ses habitants et le fait de vivre les uns sur les autres, avec des notions d’hygiène différentes des nôtres aujourd’hui, ça a fait du dégât. Auguste Perret, en reconstruisant la ville, y a remédié : grands espaces, îlots d’immeubles, cours et ouvertures ! Le Havre respire, et devient alors une des villes les plus propres de France.

P1010952

Alors certes, tout ça reste du béton. Et le béton a tendance à être associé au moche, au triste, aux blockhaus aussi. Sauf que si on regarde attentivement, on découvre différents types de béton, et différentes teintes aussi. Je n’ai pas la volonté de vous faire un cours d’architecture mais juste d’attirer votre attention là-dessus. Remarquer ces nuances, c’est remarquer un rythme sur les différentes façades. Après, on aime ou non, mais parler de l’architecture Perret comme monotone est faux. Aussi, Perret a la volonté de mettre en avant la structure porteuse, le squelette d’un monument en quelque sorte. Ainsi, vous verrez aisément tout ce qui fait tenir debout les immeubles que vous croise(re)z. Enfin, utiliser le béton a permis de reconstruire la ville assez rapidement, avec un élément solide, fiable, et capable de nombreuses facilités, à moindre coût, en plus.

 P1000463 P1000464

Alors oui, les petites villes typiques plaisent bien plus et provoquent plus un coup de cœur qu’une grande ville en béton. Je pense tout de même que Le Havre possède des atouts et peut au moins se vanter d’être différente des autres. Je n’adhère pas à 100% à cette architecture, je suis plus vieilles briques, bois, pierres, mais j’aime bien les villes qui se démarquent, quels que soient les critères esthétiques. Et sur ce point, Le Havre est championne.

50 ans après, grâce à la protection de cet ensemble urbain (Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager) mais aussi de l’inscription de la ville à l’UNESCO, Le Havre n’a pas pris une ride et est même devenue plus belle qu’au moment de sa reconstruction. Et ça n’a pas fini de changer.

P1010997

Depuis sa reconstruction, Le Havre est devenu un vaste champ d’expérimentation architectural. Architecture moderne et contemporaine se côtoient et s’accordent plutôt bien. Et dans tout cette architecture récente, on croise des vestiges d’avant (oui, il y en a, il suffit d’ouvrir les yeux !), des maisons reconstruites sur le modèle d’avant guerre, etc.

J’aime cette diversité et je suis attachée à ce riche patrimoine, parce qu’en quelque sorte, il m’appartient. Je regrette simplement qu’on ait tendance à focaliser sur l’œuvre de Perret plutôt qu’intégrer toute cette histoire dans un contenu global. Je sais qu’on doit faire en sorte de convaincre habitants et touristes, en leur donnant les clés de compréhension, mais Le Havre est une ville de bientôt 500 ans ! Même si beaucoup d’éléments ont disparu, ne perdons pas ceux qui nous restent encore miraculeusement.

Le Havre séduit plus souvent les architectes, laissant à côté d’eux de nombreuses autres personnes. Pourtant, Le Havre n’est pas qu’architecture. Moi, j’aime flâner en ville, aller me promener sur la plage par un froid sec ou sous le soleil d’été (oui, il brille aussi chez nous !), observer son ciel aux couleurs uniques, vadrouiller dans les divers espaces verts, longer les bassins, sentir l’odeur des embruns, ou encore observer la ville d’en haut.

P1080198

La ville du Havre gagne à être aimée. Elle est encore fragile car ses habitants sont au beau milieu de tous ses mouvements. On valorise le paysage urbain mais on oublie un peu ceux qui y vivent. Tout bouge et on se perd. L’arrivée de l’hiver nous barricade. L’individualisme et le manque de lieux conviviaux au long de l’année empêche certaines rencontres. Le message à passer, c’est qu’il faut savoir être fier de ce que l’on a, ça rendra les temps meilleurs.

 

Publicités

4 réponses à “Ode à mon Havre

  1. 🙂 Quel bel article, plein d’informations intéressantes!
    C’est vrai que l’architecture de Perret fait beaucoup débat, il a laissé quelques traces à Amiens aussi, en se pliant au jeu du « les gens aiment ou détestent »! Et oui, le Havre se démarque, et possède ses propres richesses! ^^

    • Merci Chloé, j’ai essayé de donner des informations tout en y mettant ma vision personnelle.
      Je n’ai vu la « tour Perret » d’Amiens qu’en photo, mais effectivement, on reconnaît bien sa patte ! Il a aussi laissé son empreinte à Paris. En me baladant près du Trocadéro, je suis tombée sur le Conseil Economique et Social et avant même de voir ce que c’était, j’ai su que c’était du Perret. Bref, déformation professionnelle ! ^^
      Et oui, on aime ou pas, mais au moins, on en parle :p

  2. Je viens de découvrir ce site, il est excellent ! Et merci pour ces articles !

    J’ai grandi au Havre, et j’ai redécouvert cette ville il y a un peu plus de 3 ans. Mes amis sourient quand je leur en parle, mais j’ai eu l’occasion de la faire visiter (rapidement) à quelques personnes, qui furent ravies !

    Certes, le Havre n’a pas la « beauté » d’une ville comme Paris, par exemple. Mais si on prend le temps de la découvrir, sans s’arrêter à sa mauvaise réputation, elle ne manque pas de charme. Les grandes avenues, les espaces verts, les bassins, l’architecture … L’impression, quand on se promène vers l’Hôtel de ville et la rue de Paris, quand un paquebot est à quai, que celui-ci est en plein centre-ville. Les points de vue de la ville haute. Le ciel toujours changeant, la lumière fascinante qu’on peut observer lors d’éclaircies … Bref, j’aime cette ville !

    • Un grand merci pour ton commentaire ! 🙂

      Je suis bien d’accord avec ce que tu dis. C’est ce que j’essaye d’expliquer à travers ces pages !
      Le Havre a tellement de ressources ❤

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s